Pas un mot. La consigne est claire, et elle vient de haut. Berne a formellement demandé à ses représentants à l'étranger, et notamment à Paris, de ne pas s'exprimer sur la question du secret bancaire. Et pour cause : au moment où elle se retrouve, à nouveau, sur le banc des accusés, aux côtés de quelques voisins européens comme l'Autriche ou le Luxembourg, la Suisse sait qu'elle va devoir jouer une partie serrée pour préserver les spécificités de son secteur bancaire qui ont contribué à bâtir sa richesse. De fait, dans un pays où le secteur financier pèse entre 11 et 13 % du PIB, on estime que 59 % des actifs proviennent de l'étranger.
La pression, elle aussi, vient de haut. A l'automne dernier, Peer Streinbrück, le ministre allemand des Finances, avait officiellement estimé que la Suisse n'était pas coopérative en la matière. Lors du dernier sommet européen, c'est Nicolas Sarkozy qui n'avait pas hésité à envisager publiquement que la Suisse soit réintégrée à la liste des paradis fiscaux de l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE). Dernier coup de boutoir en date : les Etats-Unis viennent de mettre une telle pression sur la banque UBS que celle-ci a finalement accepté de renoncer au sacro-saint principe du secret bancaire. Elle a transmis aux autorités américaines les identités de 300 clients qui avaient fraudé le fisc américain. Et elle craint même, désormais, d'être accusée de conspiration aux Etats-Unis. Ces derniers réclament encore l'identité de 52.000 clients américains d'UBS.
Désormais les autorités suisses savent qu'elles sont acculées à faire un geste. Certes, le scénario d'une inscription de la Suisse sur la fameuse liste noire de l'OCDE leur semble improbable, car ce genre de décision se prend par consensus à l'OCDE. Berne y mettrait donc probablement son veto. Mais, à l'heure où les tractations s'intensifient sur l'agenda du futur sommet du G20, le but est d'éviter à tout prix que certains pays soient ouvertement montrés du doigt et que soit publiée " une série d'instruments de torture " contre ces derniers, comme l'explique un proche du dossier.
Dans ce contexte, Hans-Rudolf Merz, le ministre helvétique des Finances, sait qu'il n'a pas d'autre choix que de donner des gages. Pris entre une extrême droite qui s'arc-boute sur les privilèges suisses et des partisans d'un abandon pur et simple de ces derniers, il a déjà fait comprendre qu'il opterait pour la voie médiane. Vendredi dernier, Berne a annoncé que son accord de restitution des impôts vis-à-vis de l'Union européenne serait élargi à des pays tiers, notamment les Etats-Unis. Il semble que les autorités helvétiques s'apprêtent à ouvrir de nouvelles brèches dans leurs règles bancaires. Peut-être dès demain.
Enfin, l'objectif est de parvenir à faire bloc avec l'Autriche et le Luxembourg, comme en témoigne la contre-attaque collective de ces trois pays, dimanche dernier. Car, explique la même source, " tant que ces deux membres de l'Union résistent, Berne peut arguer de la présence, au sein même des Vingt-Sept, de pays pratiquant le secret bancaire pour ne pas abolir le sien ".
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