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Immobilier : où sont passés les locataires ?

Les loyers révisés en cours en bail sont plus élevés que les prix demandés lors des nouvelles locations. Résultat, les bailleurs préfèrent ne pas répercuter les hausses de peur de perdre leurs occupants. Car ces derniers sont de plus en plus difficiles à trouver.

L'IRL augmente de 2,95%

"Les locataires en place se seraient-ils réjouis un peu trop vite de la décélération de la hausse des loyers ? A la rentrée, la dernière analyse de l'observatoire Clameur (Connaître les loyers et analyser les marchés sur les espaces urbains et ruraux), qui portait sur les huit premiers mois de l'année, laissait entrevoir une embellie."

"Désormais, les raisons de se réjouir s'amenuisent. Du moins pour les baux en cours. Car l'indice de référence des loyers (IRL) publié le 15 octobre dernier, pour le troisième trimestre 2008, enregistre une remontée assez fulgurante : 2,95 %, soit plus du double de celui publié au premier trimestre (1,81 %). Ce qui tend à démontrer que la réforme de l'IRL entrée en vigueur en février 2008 dans le cadre de la loi pour le pouvoir d'achat ne tient absolument pas ses promesses. Une réforme qui visait pourtant à modérer la hausse des loyers des baux en cours et qui, selon Christine Boutin, la ministre du Logement, devait faire économiser 600 millions d'euros aux locataires."

L'effet de l'inflation

"Les raisons de cette remontée ? Tout simplement la nouvelle composition de l'IRL. En effet, si l'ancien indice était composé pour 60 % de l'indice des prix à la consommation, pour 20 % du coût des travaux d'entretien et d'amélioration et pour 20 % des coûts de la construction, il est désormais indexé à 100 % sur l'évolution des prix à la consommation (hors tabac et hors loyers). Indice qui subit de plein fouet l'inflation des derniers mois."

"Quelles en sont les conséquences pour les locataires ? L'indice s'applique à tous les contrats de location signés à partir du 10 février 2008 et à ceux en cours dont le loyer vient en révision à compter de cette échéance. Rappelons que tout bailleur privé (hors secteur HLM) louant un logement à titre de résidence principale, que celui-ci soit vide ou meublé, qu'il émane d'un bail rural ou d'une location-accession, doit tenir compte du nouvel IRL pour l'indexation de son loyer. " Du fait de cette évolution très sensible à la hausse, on constate que les loyers des baux en révision sont désormais plus élevés que ceux des nouvelles locations "," En province, nos bailleurs sont contents de garder les locataires qui paient leur loyer et beaucoup préfèrent ne pas appliquer la révision plutôt que d'avoir à faire face à des impayés ", confirme Jean Perrin, le préseident de l'Union nationale de la propriété immobilière. constate René Pallincourt, le président de la FNAIM. Résultat, selon la plupart des professionnels, les révisions de loyer ne seraient pas systématiques."

"La baisse du pouvoir d'achat rejaillit aussi sur le comportement des propriétaires en cas de relocation. " Ils sont bien souvent obligés de remettre leur logement sur le marché avec un loyer inférieur, poursuit Jean Perrin. Un appartement qui était à 550 euros il y a un an ou deux ne se loue plus que 490 euros aujourd'hui. ""

Une mobilité au plus bas

"Malgré tout, les locataires préfèrent tenir que courir. Selon Clameur, le taux de mobilité résidentielle faiblit d'année en année, se situant à 28,7 % - le plus bas depuis dix ans - alors qu'il atteignait 29,6 % en 2006 et 30,2 % en 2004. Et la situation pourrait bien se dégrader encore avec l'impossibilité pour de nombreux locataires d'accéder à la propriété faute d'obtenir un financement. Bref, le marché des nouvelles locations n'affiche pas non plus une forme éblouissante. Pour preuve, un quart des villes recensées dans l'enquête de Clameur enregistrent des loyers en baisse. C'est le cas à Bordeaux (- 2,6 %), à Nice (- 1,9 %), à Strasbourg (- 1,2 %), à Marseille (- 0,8 %), à Lyon (- 0,7 %) et dans de petites communes comme Villefranche-sur-Saône (- 7,1 %), Auch (- 7 %) ou encore Salon-de-Provence (- 6,2 %). " Sur certains secteurs de Marseille, nous avons des difficultés à trouver des locataires solvables ", précise René Pallincourt."

"Pour Jean Perrin, la situation est plus préoccupante que ce que les agents immobiliers décrivent. " A Belfort, par exemple, on compte 900 logements privés construits dans le cadre des dispositifs de défiscalisation et 600 logements sociaux qui ne trouvent pas de locataires ". Et le même problème existe dans de nombreuses villes comme Montauban, Tarbes, Saint-Etienne ou encore Niort. " A Clermont-Ferrand, avant, les locataires avaient 30 logements à visiter, maintenant ils en ont dix fois plus. Les propriétaires sont tellement désespérés qu'ils proposent le T3 au prix du T2. Ils vont même jusqu'à offrir six mois de loyer gratuit si les locataires s'engagent à rester au moins un an dans le logement ", relate Jean Perrin. Dans la capitale, le marché reste bien orienté. Mais, à l'échelle de la région parisienne, certaines villes commencent à souffrir."

Source : Les échos

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